Catégorie : Dossier spécial sur les arbres sacrés du Sénégal

  • VIDEO / Mbour : Gaoussou Guèye évoque des ”menaces réelles” sur la pêche artisanale

    VIDEO / Mbour : Gaoussou Guèye évoque des ”menaces réelles” sur la pêche artisanale

    La pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN) et l’implantation des unités de farine de poisson constituent aujourd’hui une menace réelle pour la pêche artisanale, a affirmé, jeudi à Saly (Mbour-Ouest), le président de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA), Gaoussou Guèye.

  •  SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / Le tamarinier de Fissel Mbadane : un arbre théâtre d’une bagarre macabre

     SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / Le tamarinier de Fissel Mbadane : un arbre théâtre d’une bagarre macabre

    Par Mansoura Fall

    Fissel Mbadane, 6 sept (APS) – Le tamarinier sacré situé sur la route de Fissel Mbadane, dans le département de Mbour (ouest), rendu célèbre par une chanson de l’artiste-musicien Youssou Ndour (Daaxaar ga ca yoonu Mbaadane), a été le théâtre, en 1977, d’une bagarre politique macabre devenue un sujet tabou pour beaucoup d’habitants de cette commune.

    Si les vertus médicinales du tamarinier ne sont plus à démontrer, ses vertus mystiques sont, elles, bien préservées dans la société sénégalaise, particulièrement dans la communauté de Fissel Mbadane, peuplée en majorité de sereer.

    Les vertus fébrifuges, purgatives et laxatives de son fruit appelé le tamarin, sont connues depuis des siècles par la médecine traditionnelle. L’arbre est aussi considéré comme sacré et mystique par de nombreux habitants de la localité.

    Situé sur la route de Fissel Mbadane, plus précisément à Mboufoudj, l’un des 28 villages qui formaient la communauté rurale de Fissel, devenue aujourd’hui une commune, il reste l’un des tamariniers les plus célèbres du Sénégal.

    Bien avant l’évènement politique macabre dont il fut le théâtre, ce tamarinier était un lieu de rendez-vous pour toutes les grandes cérémonies socioculturelles du village, notamment les ‘’xoye’’ (séance de divination pré-hivernale) dans une zone dominée par l’animisme.

    Son gardien, Cheikh Diouf raconte que son père, Ibrahima Diouf, avait l’habitude d’accueillir une famille de chérifs dont le patronyme est Aïdara. Elle venait organiser des prières sous le tamarinier. C’est lors de l’une de ces séances, dit-il, que son père, qui se trouve être le propriétaire du tamarinier, se convertit à l’islam.

    Bien plus tard, une famille de ‘’djinn’’ (génie), chassée d’un autre tamarinier à Khombole (Thiès), voulut s’y installer. Malheureusement pour elle, le propriétaire Ibrahima Diouf avait fini par convertir les ‘’djinn’’ eux-mêmes à l’islam, lesquels se sont désormais installés à un endroit éloigné un peu de l’arbre.

    Un des vœux de feu Ibrahima Diouf était de construire une mosquée à côté de l’arbre mystique. Une prière bien exaucée, puisque qu’en plus de la mosquée, les habitants du village ont érigé une école coranique, juste en face de l’arbre.

    Du haut de ses 20 mètres, ce tamarinier de 200 ans et au feuillage persistant semble avoir résisté aux affres du temps. Témoin de plusieurs époques, l’arbre continue de recevoir des visiteurs qui viennent pour des prières ou cueillir ses fruits et écorces sous l’œil attentif de son gardien.

    Théâtre d’une bagarre politique macabre

    Mais les bienfaits de cet arbre bicentenaire ont été éclipsés en 1977 par un évènement politique dont il fut le théâtre lors d’une opération de vente de cartes pour le renouvellement de la section locale du Parti socialiste (PS). Cheikh Diouf lui-même en était témoin, alors qu’il était à peine âgé de 30 ans.

    ‘’Une bagarre a éclaté entre deux tendances au sein du même parti qui se disputaient le fauteuil du bureau du secrétariat du PS de Fissel. Il s’agissait pourtant de plusieurs amitiés intimes que la politique a entachées’’, indique Cheikh Diouf. Il envisage même d’écrire un ouvrage sur cet évènement politique méconnu et qui a coûté la vie à une personne.

    El Hadji Khaly Guèye et Abdou Babou Ngom, leaders politiques locaux soutenus respectivement par Amadou Ly, responsable à Mbour, et par François Bopp (ex ministre des Sports), se disputaient un poste de secrétariat à Fissel. Tous étaient présents à une vente des cartes organisée sous le tamarinier. Mais, la rencontre est interrompue par la visite surprise d’assaillants.

    Leur arrivée mit fin à l’opération de vente de cartes, renseigne Cheikh Diouf qui, ce jour-là, était chargé de remplir les noms des adhérents sur les cartes.

    ‘’Nous avons subitement vu [une bande d’hommes] venant de Fissel armée jusqu’aux dents [surgir] en direction du tamarinier. Ils nous ont menacé d’arrêter immédiatement le processus de vente des cartes’’, rapporte-t-il.

    Un autre témoin des faits, Demba Sène, déclare que les assaillants ont confisqué le stylo avec lequel Cheikh Diouf écrivait, pour l’empêcher de continuer son travail. ‘’Mais, c’était sans compter avec la témérité de ce dernier, qui s’est aussitôt défendu’’, déclare-t-il.

    L’homme à la tête de la bande avait provoqué Cheikh Diouf, se souvient Demba Sène. Il y avait de l’électricité dans l’air et les esprits ont commencé à chauffer, se remémore-t-il.

    ‘’Je me suis soudain retrouvé projeté en arrière et j’ai atterri sur une table en bois, mais ma réplique ne s’est pas faite attendre’’, narre-t-il, disant avoir asséné à la seconde qui suit un poing de sa main droite sur la figure du cerveau de la bande.

    ‘’Et c’est là que les choses ont dégénéré. Une bagarre sans merci a éclaté entre les deux camps, on n’était pas préparé du tout. Donc, on a ramassé des bâtons ici et là et on s’est défendu avec’’, explique Djokal Sène, le grand frère de Demba Sène.

    Agé aujourd’hui de presque une centaine d’années, Djokal Sène, assis sur son hamac en bois dans la cour de sa maison, se rappelle encore tous les détails de cet évènement comme si c’était hier. Bien sûr, certains n’ont pas manqué de prendre la poudre d’escampette face à des adversaires munis d’armes blanches, explique le vieil homme.

    Un homme tué d’un coup de couteau dans le dos

    Ces affrontements ont occasionné la mort de Ndom Diouf, tué d’un coup de couteau dans le dos. De nombreux blessés furent enregistrés lors de ces évènements tragiques. ‘’Ce jour-là, le chef de village de l’époque a immédiatement appelé la police qui a interpellé 18 personnes’’, raconte-t-il.

    ‘’ Nous avons tous été acheminés à la Mac de Thiès’’, dit Djokal Sène avec un brin de sourire, déclenchant l’hilarité générale dans la cour de sa maison. Ce jour-là,  déclare Demba Sène, il n’y avait jamais eu autant de policiers dans le village de Mboufoudj. Il affirme que ces derniers avaient été aidés dans leur travail par le chef de village qui donnait les noms des antagonistes.

    Des 18 personnes arrêtées, seules trois personnes sont encore en vie. Le présumé meurtrier qui a écopé d’une peine plus lourde, est sorti de prison depuis longtemps. Il vit loin du village de Mboufoudj, explique Djokal Sène, qui s’est gardé de donner son nom.

    Cette histoire politique reste encore taboue dans de nombreuses familles de Fissel Mbadane qui se sont déchirées suite à cet événement douloureux, explique un journaliste d’une radio locale.

    ‘’Chaque famille ou témoin peut donner différentes versions pour atténuer le problème et éviter d’entrer dans certains détails de l’affrontement dans le but justement d’éviter de blesser la sensibilité des familles des victimes’’, précise Pape Kaïré.

    Dans les semaines qui ont suivi ce drame dont le tamarinier de Fissel Mbadane fut le théâtre, la chanson Mbadane de Youssou Ndour, à l’époque lead vocal du groupe Etoile de Dakar, faisait déjà vibrer des mélomanes sénégalais. Et en 1978, le titre intégra l’album ‘’Tolou Badou Ndiaye’’.

    Les habitants demandent aujourd’hui au lead-vocal du Super étoile de Dakar, qui a rendu célèbre le tamarinier de la route de Fissel Mbadane, de venir dans leur village. Ils trouvent paradoxal le fait que le chanteur n’a jamais mis les pieds dans cette localité située pourtant à environ 1h30mn de route de la ville de Mbour via la route de Thiadiaye.

    MF/ASB/ASG

  • SENEGAL-CULTURE-ANALYSE / Des conteurs évoquent la valeur symbolique des arbres tutélaires

    SENEGAL-CULTURE-ANALYSE / Des conteurs évoquent la valeur symbolique des arbres tutélaires

    Dakar, 6 oct (APS) – Les arbres tutélaires, au-delà de leur valeur de totem, jouaient un rôle important comme espace de socialisation dans les terroirs traditionnels, analysent les conteurs Massamba Guèye et Babacar Ndaak Mbaye.

    « Les arbres tutélaires plantés par les ancêtres fondateurs avaient une valeur symbolique et totémique », a dit M. Guèye, chercheur, conteur et écrivain.

    Selon lui, les arbres tutélaires étaient en même temps des lieux de convergences et de rencontres en milieu traditionnel sénégalais.

    « Les espaces étaient symbolisés par les arbres, parce que lorsqu’on construisait une maison ou aménageait un lieu, la première chose qu’on mettait en place, c’était un arbre », a-t-il expliqué.

    A l’époque, fait savoir le conteur et professeur de lettres modernes, planter un arbre équivalait à « marquer l’appartenance, l’arrivée et l’installation d’une communauté ».

    « Cela signifiait qu’on y avait fait quelque chose qui nous appartenait, cet arbre était au milieu du village et beaucoup de choses s’y passaient : décisions [importantes], cérémonies de circoncision… », a rappelé Massamba Guèye.

    Une ‘’représentation mystique’’

    Ces arbres équivalent à des lieux de rassemblement tels que le Grand Théâtre national de Dakar ou le Théâtre national Daniel-Sorano, selon M. Guèye.

    Il a donné l’exemple du tamarinier situé sur la route de Mbadane (centre), « daaxaar ga thia yoonou Mbadane », dans la commune de Fissel, en insistant sur la « représentation mystique » qui s’attache à cet arbre rendu célèbre par le chanteur Youssou Ndour.

    « On parle de cette représentation mystique, mais ce qui le rend célèbre et qui a donné cette chanson », c’est exactement un « évènement politique » de 1977, a précisé M. Guèye.

    Cet événement a coïncidé avec la vente de cartes de membre en vue du renouvellement de la section locale du Parti socialiste, qui était au pouvoir au Sénégal.

    Ces affrontements avaient engendré la mort de Ndom Diouf, tué d’un coup de couteau dans le dos, et de nombreux blessés avaient été dénombrés. Dix-huit personnes au moins avaient été interpellées par les forces de l’ordre.

    « On dit que personne n’a le courage d’aller à l’arbre se trouvant sur la route de Mbadane pour exprimer l’idée qu’il y a un dangereux combat à mener. Les gens ont donné au tamarinier en question cet aspect mystérieux », explique le professeur de lettres modernes.« C’est [cet événement politique] qui a rendu le tamarinier célèbre. Mais dans la représentation populaire, les gens croient qu’on a peur d’y aller parce que c’est le lieu d’habitation des djinns », a précisé Massamba Guèye.

    Selon le conteur, c’est ce procédé qui ajoute une dimension mystérieuse à des faits réels. « C’est pourquoi on parle de traitement épique de faits historiques », relève M. Guèye, soulignant que dans ce cas, tout part de faits historiques, mais la version populaire leur donne « un traitement épique ».

    « En réalité, c’est vraiment cet incident politique qui est à l’origine de cette chanson » reprise par Youssou Ndour « comme un air populaire », sauf que le musicien a fait cette chanson « pour évoquer cet incident politique ».

    Une « fonction symbolique, spirituelle et mystique »

    Ce tamarinier de la route de Mbadane, « Gouye Diouly » à Saint-Louis (nord), le fromager de Djimbéring (sud), le baobab de Ngati (centre), tous ces arbres sont « investis par le mystique », soutient de son côté le conteur Babacar Ndaak Mbaye.

    M. Mbaye relève « la fonction symbolique, spirituelle et mystique » de ces arbres – tamariniers, fromagers, etc. -, le baobab en particulier étant considéré comme « symbole de notre spiritualité et symbole du Sénégal ».

    Le fromager, dit-il, « est le symbole d’une grande femme et d’un grand homme. Lorsqu’on vous dit que vous êtes comme le fromager, sachez que cela fait référence à votre grandeur », explique Babacar Ndaak Mbaye, président de l’Association des conteurs du Sénégal.

    Selon lui, le poète et écrivain Serigne Moussa Ka en avait dénombré 33 dans le Cayor, l’actuelle région de Thiès (ouest).

    FKS/ASB/BK/ESF

  • SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / Le Baobab d’Iwol, l’esprit protecteur des Bédiks

    SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / Le Baobab d’Iwol, l’esprit protecteur des Bédiks

    Par Ibrahima Diabakhaté

    Kédougou, 3 oct (APS) – A l’entrée du village d’Iwol, dans la région de Kédougou (sud-est), s’élève un baobab géant qui ne laisse aucun visiteur indifférent. Agé de plus 800 ans, cet arbre mythique est un ‘’témoin’’ de l’histoire des Bédiks, à travers les hommages que cette ethnie y rend à ses ancêtres. Ce baobab est considéré comme l’esprit protecteur du village.

    Le village d’Iwol, capitale des Bédiks, est niché sur une colline située à 23 kilomètres de la commune de Bandafassi. Les Bédiks, qui vivent le plus souvent en altitude, sont regroupés dans six villages qui se trouvent tous dans la région de Kédougou : Iwol, Ethiowar, Ethiès, Bantata, Andiel et de Mandathiès.

    Ils sont partagés entre l’animismes et le christianisme, explique Jean-Baptiste Keïta, notable et natif d’Iwol.

    Keïta, Camara, Samoura et Sadiakhou sont les patronymes des habitants des villages du pays bédik. ‘’Les Keïta sont les chefs de village, les Camara et Samoura organisent les fêtes et les Sadiakhou sont chargés du maintien des coutumes’’, explique Jean-Baptiste Keité.

    Le baobab d’Iwol a une circonférence de 30 mètres. Âgé de plus de 800 ans, il est présenté comme l’un des plus gros du Sénégal et est désormais inscrit sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco.

    Il est aujourd’hui considéré comme une référence mythique dans le respect et la perpétuation de l’histoire des Bédiks.

    ‘’Nous avons juste à l’entrée du village un gros baobab sacré et très mythique qui a poussé sur la tombe de l’ancêtre du village de la famille Camara  (…) qu’on avait enterré là. Et cinq ans après, le baobab a poussé sur la tombe’’, renseigne Jean-Baptiste Keïta.

    Ce baobab mythique, qui date du treizième siècle, est devenu un arbre symbolique des familles Bediks. Elles organisent des cérémonies rituelles autour du tronc d’arbre sacré pour les 800 habitants du village d’Iwol.

    ‘’Le baobab est un arbre très sacré pour nous les Bediks. Dans la langue bedik, nous l’appelons +amack+ et c’est un lieu de sacrifices et d’offrandes de la communauté bédik pour rendre un vibrant hommage à nos ancêtres’’, raconte Jean-Pierre Keïta, natif d’Iwol et enseignant catéchiste à la retraite.

    Selon les traditions locales, les Bédiks ont quitté le Mali au douzième siècle après l’éclatement de l’empire de Soundjata Keïta. Ils sont venus s’établir sur la montagne d’Iwol, dans la commune de Bandafassi, où ils vivent depuis lors.

    ‘’Le roi Alpha Yaya a quitté la Guinée Conakry pour nous convertir à l’islam et ce qui n’a pas marché. Ensuite, la guerre a éclaté et les soldats prenaient les plus belles femmes et les plus jeunes et les amenaient de force en Guinée’’, raconte Jean-Baptiste Keïta, qui est en quelque sorte la mémoire de ce lieu de culte des Bédiks de confession animiste.

    ‘’Les envahisseurs égorgeaient les personnes âgées. Les rescapés sont partis se cacher dans des cavernes en dehors du village et ils ne sortent que les nuits pour aller puiser de l’eau’’, ajoute le notable.

    Selon lui, les ancêtres Bédiks d’Iwol pilaient le mil et d’autres céréales à l’aide des cailloux pour éviter le bruit des pilons traditionnels.

    ‘’C’était la guerre et ils se sont réunis dans la caverne pour trouver l’esprit du village afin qu’il les protège. Il était très gentil et il a accepté automatiquement. Il a combattu en faveur des Bédik et nous avons eu la paix’’, dit-il.

    Pas de retombées économiques pour le village

    Plus de 1000 touristes viennent chaque année du Sénégal et de l’étranger visiter le baobab d’Iwol.

    ‘’Tout le temps dans le village, il y a des touristes qui viennent visiter le site historique d’Iwol pour comprendre l’histoire du baobab et des Bédiks qui font partie des ethnies minoritaire du pays Bassari’’, explique Mouhamadou Mbaye, directeur de l’école d’Iwol, trouvé dans son établissement.

    M. Mbaye déplore toutefois l’absence de routes et le manque de salles de classe qui freinent le développement du village.

     

    ‘’Avec tous ces visiteurs qui viennent de partout, nous n’avons même pas de routes et d’écoles dignes de ce nom. Les enseignants ne veulent pas venir servir ici à cause de la montagne d’Iwol’’, insiste l’enseignant.

    Les habitants du village d’Iwol ne bénéficient pas des retombées économiques du tourisme, déplore-t-il, relevant que les lieux n’ont jamais changé.

     »Nous avons des guides qui viennent de partout avec beaucoup d’étrangers et de touristes, de la France, de l’Espagne, des Américains et des Sénégalais qui passent au village communautaire avant de se rendre à Iwol. Ils passent toute la journée parfois, d’autres font des jours là-bas et ils ne laissent rien du tout’’, s’offusque pour sa part Alexy Waly Diouf, directeur du village communautaire de Bandafassi.

    M. Diouf a exhorté les populations du village d’Iwol à mettre en place un comité de gestion du baobab sacré qui attire beaucoup de touristes désireux de connaître la culture Bédik.

    PID/ASB/OID/ASG

  • SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / Louga : Mbékheul Peul, un village très célèbre grâce à son baobab

    SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / Louga : Mbékheul Peul, un village très célèbre grâce à son baobab

    Par Djiby Sène

    Louga, 3 oct(APS) – Le village de Mbékheul Peul, situé dans l’arrondissement de Sakal, doit sa célébrité à un baobab auquel on prête de nombreux pouvoirs dont celui de guérir les malades.

    Du fait de cette réputation, des parents de déficients mentaux y emmènent souvent leurs enfants dans l’espoir d’une guérison. D’autres personnes s’y rendent dans l’espoir de guérir de certaines pathologies.

    Le secret de cet arbre mystique, hérité du fondateur du village, Hamady Kâ, est transmis de père en fils. Il est aujourd’hui détenu par l’actuel marabout et chef du village, Ahmadou Kâ.

     »Le baobab a toujours été le lieu où toutes les prières se faisaient depuis nos ancêtres. Il s’agissait de traiter pour l’essentiel des personnes atteintes de déficience mentale ou de solliciter des prières pour des personnes confrontées à des difficultés’’, déclare Ahmadou Kâ, plus connu sous le nom de Baïdy Kâ.

    A première vue, difficile de croire qu’il y a dans ce village, un arbre dont aucun génie ne résiste à la puissance mystique. Le fait est que, selon la tradition locale, cet arbre renferme beaucoup de mystères, assure le dépositaire du secret.

    Le marabout demeure convaincu que ‘’toute personne atteinte de démence, une fois acheminée sous le baobab, même si elle est très agitée, va s’endormir immédiatement, ou se calmer’’, le temps qu’il lui administre un traitement.

    Le village, rappelle-t-il, a été fondé par son arrière-grand-père, Hamady Kâ, qui ‘’était un homme religieux’’. Après lui, son fils aîné Al Hassane, et plus tard son père, Alpha Djiby Kâ ont repris les rênes.

    Il dit recevoir quotidiennement des malades mentaux et d’autres personnes pour diverses sollicitations, de manière à perpétuer cette tradition léguée par ses ancêtres, et qui fait la particularité du village.

    Occupé à l’origine par la seule famille de Hamady Kâ, Mbékheul Peul a fini d’être un lieu d’habitation très prisés par des habitants des villages riverains, du fait de la popularité dont jouit son fondateur. La localité est devenue au fil du temps, un ‘’melting-pot’’, où convergent différentes ethnies, une situation qui n’altère en rien ses fondements et sa hiérarchie traditionnelle.

     

    On y accède par une piste latéritique longue d’une quinzaine de kilomètres. Dès son arrivée à la lisière du village, le visiteur se rend vite compte que Mbékheul Peul est un village traditionnel, du fait de son décor et de ses habitations.

     »L’histoire de la localité est intimement liée à ce baobab mythique implanté au milieu de la concession familiale’’, explique le chef religieux de Mbékheul Peul. Cet arbre a été planté ici par le fondateur du village, Hamady Kâ, qui en avait fait un lieu de recueillement et de prières, a-t-il ajouté.

    A la question de savoir si ce baobab renferme un mystère, le chef du village répond : ‘’Je n’en sais pas plus que vous’’.

     »Mes parents m’ont laissé un héritage et des formules de prières que j’applique à la lettre. Et je ne saurais dire un mot sur les fondements de ce mystère que mon père et moi avons trouvé comme tel’’, fait-il savoir.

    Toutefois, le marabout se dit préoccupé par la sauvegarde de cet héritage et souhaite surtout veiller sur le baobab qui est à la limite la ‘’carte d’identité’’ du village de Mbékheul Peul.

    DS/ASB/OID/ASG

     

  • SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / A Saint-Louis, ‘’Gouye Seeddële’’, le passage obligé des circoncis

    SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / A Saint-Louis, ‘’Gouye Seeddële’’, le passage obligé des circoncis

    Par Ahmad Mouslim Diba

    Saint-Louis, 3 oct (APS) – A Saint-Louis, ‘’Gouye Seeddële’’ est le nom d’un mythique baobab qui a marqué des générations de la vielle ville, où tous les circoncis se pressaient pour un rituel qui a traversé les âges.

    Cet arbre se dressait ‘’majestueusement’’ entre la voie ferrée et la route nationale, à quelque quatre kilomètres du centre-ville de Saint-Louis.

    La tradition rapporte que les initiés devaient enfoncer un clou et planter un couteau sur l’arbre, un geste considéré comme un acte de bravoure. Aujourd’hui à sa place trône un arbre planté par les membres de l’association éponyme soucieuse de préserver ce patrimoine culturel de Ndar nom wolof de Saint-Louis.

    Comme le génie tutélaire du fleuve ‘’Mame Coumba Bang’’ ou ‘’Reukeul mba ma reuk’’ qui était selon la légende populaire un ‘’djinn’’ (génie) qui apparaissait la nuit pour faire la fête aux noctambules dans les rues, ‘’Gouye Seeddële’’ fait partie des mythes de Saint-Louis.

    Thiamba Seck, un observateur de la vielle ville renseigne que  »ce baobab sacré se situait à l’entrée de la ville de Saint-Louis en venant de Dakar et il est connu par tous les Saint-louisiens toutes générations confondues qui ont eu à subir la circoncision ».

    Parlant de cet arbre mythique dans son essai  »L’imaginaire saint-louisiens, ‘’Doomou Ndar’’ à l’épreuve du temps », le philosophe Alpha Amadou Sy fait référence à ce baobab.  »Cet arbre imposant a été pendant plusieurs décennies, le point de convergence de milliers de circoncis avec tout ce que cela charriait comme émotion et stress », lit-on dans cet ouvrage.

     »Avant il était éloigné de la ville », souligne M. Seck dont les propos ont été renforcés par le doyen Doudou Baye Guèye qui dans un documentaire de la TFM affirme que fort des confidences de l’historien Pr Bouba Diop,  »Gouye Seeddële’’ se situait aux limites de la ville de Saint-Louis ».

    Le doyen Guèye indique qu’il  »était le lieu de séparation de Cheikh Ahmadou Bamba et de son ami Diakha Cissé qui le raccompagnait » lors du séjour du guide des mourides à Saint-Louis.

    Il symbolisait un lieu lointain et on disait que la personne venait de ‘’Gouye Seeddële ». Selon Thiamba Seck,  »quand les gens s’y rendaient, c’est comme s’ils effectuaient un voyage et ils s’armaient de provisions ».

    Arrivés sur les lieux, ils enfonçaient un clou sur l’arbre et y écrivaient leur nom ou un signe. Ils déposaient aussi une paire de chaussures ou un autre objet au pied de l’arbre, rappelle-t-il. Pour expliquer ce geste, il cite l’adage wolof ‘’ragal dou diam gouye », selon lequel ‘’une personne couarde ne peut pas planter un couteau sur un baobab ».

    Se souvenant de ce rituel auquel bon nombre de saint-louisiens ont sacrifié, l’ancien député libéral note que  »lorsqu’ils allaient vers ce baobab en cours de route quand ils urinaient ils pointaient leur couteau sur le sol pour se protéger de l’esprit maléfique tout en sollicitant une rapide guérison ».

    Il signale que  »tous ceux qui ont sacrifié à ce rituel ont bravé la peur et la douleur ».

    Différentes sources sur le déracinement du baobab

     »Malheureusement ce baobab s’est affaissé durant l’hivernage de 1986 quand la route Dakar-Saint-Louis devait être réalisée, ses racines ayant été affectées par les engins qui débroussailler la voie », renseigne Thiamba Seck. Mais d’autres sources évoquent les conséquences de la furie d’un violent vent pour évoquer le déracinement de ce baobab mythique

     »Déraciné par un violent orage en 1986, le reste de l’arbre a été laissé à la merci des bûcherons et des badauds. Or, on aurait pu en récupérer le résidu et le conserver au Centre de recherche et de documentation du Sénégal (CRDS), en prenant le soin de consigner sur papier et sur film son histoire », se désole Alpha Amadou Sy.

     »En plus des Saint-louisiens qui pourraient y retrouver un pan de leur enfance, ces archives auraient une portée indéniable pour s’adonner à une sorte de sociologie de la circoncision dans cette ville du Nord », estime le philosophe dans son essai publié aux éditions Harmattan en France.

    Il pense qu »’à travers les générations qui se sont adonnées à ce rituel autour de  »Gouye Seeddële », une différenciation progressive se lisait au niveau de l’âge où les enfants subissaient cette douloureuse épreuve’’.

     »On sait que les générations les plus anciennes n’entraient dans la +case des hommes+ que vers 20 ans. De ce fait, les circoncis n’y sortaient que pour faire le deuil de leur adolescence en se mariant quelques temps après’’, ajoute-t-il.

    Pour ressusciter le baobab, une association d’intellectuels saint-louisiens d’ici et d’ailleurs dirigée par le neveu de Me Lamine Guèye, le premier président de l’Assemblée nationale du Sénégal indépendant, mène quelques activités socio-économiques et culturelles.

    Mais ‘’Gouye Seeddële’’, selon plusieurs témoignages, a beaucoup perdu de son histoire et de son prestige et la jeune génération ignore ce point de l’histoire de la vieille ville pourtant si attachée à sa tradition.

    AMD/ASB/OID

  • SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / Le fromager de Diembéring, un sanctuaire des fétiches et des esprits protecteurs

    SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / Le fromager de Diembéring, un sanctuaire des fétiches et des esprits protecteurs

    Par Modou Fall

    Diembéring, 2 oct (APS) – Sanctuaire de fétiches et autres esprits protecteurs, le fromager de Diembering est aussi le témoin de l’histoire des communautés ethniques de la Basse-Casamance, où la religion traditionnelle garde encore toute sa splendeur.

    Situé dans l’arrondissement de Cabrousse, à quelque dix kilomètres au nord de la station balnéaire de Cap Skirring, ce village de pécheurs et d’agriculteurs se distingue par son fromager géant.

    Plus de 1. 000 âmes composées essentiellement de diolas autochtones et de populations venues du nord du Sénégal cohabitent ici en parfaite symbose, et cela, depuis de longues années.

    Le fromager géant surplombe un rond-point au niveau duquel les taxis clandestins en provenance du Cap-Skirring font demi-tour pour repartir sur Boucotte-Diembéring. Ce point nodal fait à la fois  office de gare routière et de marché. Légumes, fruits, entre autres marchandises, garnissent les étals des vendeurs, à côté de boutiques.

    Le fromager qui fascine par son gigantisme appartient à la famille des malvacées et trône majestueusement sur au ‘’moins 50 mètres de hauteur’’.

    ‘’C’est ici que tout se passe. La vie se résume à cette place ‘’, commente Ben Michel Diatta, un habitant de Diembéring trouvé juste à la grande place publique que surplombe le fromager.

    ‘’Cette place de Diembéring abrite tous les grands événements du village. Nous Diolas aimons la nature avec qui nous communions. Pour habiter, le Diola a besoin de placer son fétiche sur un arbre solide pour bien se protéger. Et comme le fromager est un arbre robuste et centenaire, il demeure le réceptacle des fétiches et autres génies protecteurs des hommes’’, explique le conservateur du musée de Diembéring, Ousmane Karfa Diatta.

    Un fromager qui inspire respect et soumission

    Le fromager de Diembéring, en dehors de son caractère sacré, est aujourd’hui un témoin de l’histoire du village et ‘’inspire respect et soumission’’.

    ‘’Ce fromager est un élément qui inspire respect et soumission. Il est rattaché à nous habitants de Diembéring par un certain nombre de faisceaux mystiques (esprits et fétiches)’’, explique le conservateur du musée de Diembéring.

    Selon lui, ‘’cet arbre millénaire reflète, symbolise et représente de manière géographique la commune de Diembéring’’.

    ‘’Cette place, tout autour de ce fromager, continue jusqu’à présent de conserver cet héritage culturel de démystification de malédictions’’, a ajouté Ousmane Karfa Diatta.

    Ainsi, ‘’la plupart des grandes cérémonies traditionnelles ont eu lieu ici’’, poursuit-il. ‘’Les femmes, quand elles sortent de leur bois sacré pour s’investir dans une mission de conjurer le mal ou d’exorciser quelqu’un, viennent autour du fromager faire des libations, des incantations, des chansons, des cris pour faire comprendre aux gens que l’affaire est déjà gérée », souligne l’ancien maire de Diembering, Tombo Guèye.

     »Il y a aussi l’identifiant de leur fétiche qui est une branche qui, après avoir été traitée dans leur bois sacré, est posée à côté du fromager en guise de témoin. Et c’est la preuve que la mission que les gens leur ont confiée du côté du bois sacré a été faite’’, a ajouté M. Guèye, conseiller spécial à la primature et géographe de formation spécialisé dans les questions de géomorphologie littorale.

    ‘’Le fromager est aujourd’hui le témoin de beaucoup de cérémonies traditionnelles. C’est ici que les femmes du bois sacré se réunissent pour faire le tour du fromager et se donner l’ordre de pouvoir entreprendre une activité ‘’, a confié le conservateur du musée de Diembéring.

    Ousmane Karfa Diatta indique que c’est devant cet arbre qu’a eu lieu l’arrestation d’un sage du nom de Kankoulabè, un notable du quartier Kénia  de Diembéring et de son frère Afayo, entre 1919 et 1920.

    ‘’Ces arrestations ont suscité des chansons et des incantations mystérieuses des femmes du bois sacré du nom de Ehongna, autour de ce géant fromager. Et c’est ainsi que des corbeaux ont fait apparition et  vidèrent les soldats français du lieu. Grâce à ces chansons, les détenus ont été protégés’’, raconte M. Diatta.

    Ce fromager, une destination privilégiée des touristes

    ‘’Les visiteurs aiment prendre des photos au pied du fromager. Cet arbre est devenu le point de ralliement de la plupart des touristes que nous recevons à l’entrée de Diémbéring. Il joue aujourd’hui un rôle touristique’’, fait valoir l’ancien maire de Diembéring.

    Selon lui, ‘’l’arbre est devenu une place incontournable dans la stratégie de marketing territorial de la commune de Diembering’’.

    ‘’C’est un arbre qui garde son mysticisme par l’attraction touristique. Nous voyons ce fromager sur beaucoup de cartes postales et des photos qui témoignent encore de son ancienneté’’, confirme Ousmane Karfa Diatta.

    Les premiers habitants de la localité de Diembéring ont trouvé des fromages sur la grande place du village et ses alentours.

    ‘’Diembéring a entre autres comme emblème le fromager. Nous pouvons assimiler Diémbéring aux fromagers géants. Tout est parti d’une certaine pratique de la part de nos ancêtres qui les ont plantés ici. Ces fromagers ont été plantés à partir d’un besoin par nos ancêtres’’, a rappelé Tombo Guèye.

    Il a rappelé que  »Diembéring est un territoire littoral ». Selon lui,  »les caractéristiques d’un territoire littoral font que, le plus souvent, il est soumis aux aléas climatiques (vents forts, orages) ». Le fait d’ériger des fromagers qui sont des espèces très géantes et robustes participaient à constituer un brise-vent contre ces phénomènes naturels. Eriger ces fromagers, c’était protéger les habitations’’, a expliqué le spécialiste de la géomorphologie littorale.

    D’après Tombo Guèye, ‘’le fromager, depuis ses racines jusqu’aux feuillages, peut rendre beaucoup de services à la communauté’’.

     »A l’époque de nos ancêtres, ses troncs donnaient du bois sous forme de planches très étalées. Ces troncs étaient une sorte de cercueil des patriarches qui quittaient ce monde d’ici-bas’’, a expliqué M. Guéye.

    A Diembéring, déclare-t-il, ‘’à  la périphérie de chaque concession, il y avait un fromager pour faire en sorte qu’on puisse être autonome’’.

    ‘’Le tronc du fromager servait également à fabriquer des pirogues à rame pour faire la pêche. Ses fruits ont été également utilisés pour des questions thérapeutiques’’, a encore souligné Tombon Guèye.

    MNF/ASB/OID/ASG

  • SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / L’arbre Moussa Molo : une sacralité qui résiste au temps

    SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / L’arbre Moussa Molo : une sacralité qui résiste au temps

    Par Mamadou Gano

    Kolda, oct (APS) – L’arbre ‘’Moussa Molo Baldé’’, un caïlcédrat géant doté de pouvoirs mystiques qui mettaient à l’abri de toute surprise l’ancien résistant à la pénétration française en Haute-Casamance, garde encore sa réputation d’arbre mystique, comme l’attestent les prières organisées par les populations de Kolda (sud) pour les enfants circoncis et les femmes en mal de fécondité.

    C’est à Doumassou, un quartier de Kolda situé à proximité du camp militaire Moussa Molo Baldé, que se dresse cet arbre qui en impose par sa taille, son emplacement et sa réputation. Aujoud’hui, sa sacralité ne fait l’objet d’aucun doute.

    Selon la tradition orale, c’est à son ombre que Moussa Molo Baldé venait se reposer pendant ses conquêtes. C’est lui-même qui l’aurait rendu mystique, afin de bénéficier de sa protection pendant ses moments de repos, pour éviter ainsi toute surprise venant de ses ennemis pendant notamment ses heures de sommeil.

    La même source rapporte que lors de son périple dans le royaume du Fouladou, le chef de guerre et érudit musulman, El hadji Oumar Tall, aurait fait escale sous l’arbre pendant des heures, accompagné d’Alpha Molo Baldé, le père de Moussa Molo.

    Des siècles plus tard, les populations continuent à vénérer ce caïlcédrat qui, jadis, protégeait le guerrier peul. L’histoire de cet arbre mythique qui surplombait les habitations du petit village de Kolidado, est liée à celle de Kolda, explique Solo Diané, le chef du quartier de Doumassou qui abrite le caïlcédrat.

    ‘’Personne ne sait quand et qui a mis l’arbre sous terre, car il précède la création de Kolda vers 1872’’, renseigne le notable. C’était d’abord un petit village occupé par des Bambaras venus de l’empire mandingue et Fodé Coulibaly était le premier chef de village, fait-il savoir.

    C’est sous cet arbre, dit-il, que les habitants du village venaient faire leurs prières et tenaient des rencontres afin d’être protégés des agissements des colons français.

    Par la suite, ils construisirent une mosquée afin d’accomplir leurs cinq prières quotidiennes dans de meilleurs conditions. ‘’Voilà comment depuis lors la tradition est perpétuée par des générations et cela, jusqu’à  nos jours’’, confie Solo Diané.

    De ‘’fausses croyances’’ sur le caïlcédrat géant

    Le chef de quartier de Doumassou déplore les ‘’fausses croyances’’ selon lesquelles un étranger qui fait le tour de l’arbre, ne pourrait plus quitter Kolda. ‘’C’est faux, l’arbre n’a rien de mystique et ne renferme rien qui ressemble à des pratiques occultes’’, martèle-t-il.

    ‘’Les anciens ont beaucoup prié sous cet arbre pour leur protection et ce sont des prières qui y ont été faites que Dieu a acceptées’’, fait-il valoir.

    Selon lui, les populations organisent des prières sur le site lors des préparatifs de l’entrée et de la sortie du bois sacré des circoncis. Il rappelle aussi que ‘’des femmes  +dimbas+, qui ont des difficultés de maternité, y organisent des prières qui, souvent, sont exaucées’’.

    Les enfants qui doivent entrer dans le bois sacré font le tour de l’arbre, accompagnés de kankourang, un initié arborant un masque fait d’écorces rouges et de fibres, des ‘’selbés’’ (encadreurs) et des sages pour  invoquer la protection pour eux.

    ‘’La veille de l’opération chirurgicale, ils sont conduits vers l’arbre pour y faire sept tours, accompagnés des +selbés+ [les encadreurs] et des anciens afin de demander la protection pour les nouveaux initiés durant leur séjour dans le bois sacré. Vers les années 70 et jusqu’aux années 80, le séjour des enfants dans le bois sacré durait jusqu’à trois mois. Et maintenant, il ne dure que des semaines’’, regrette Solo Diané.

    MG/ASB/OID/ASG

     

  • SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / ‘’Ɓakne Ngati’’, le baobab sacré de Ngati

    SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE / ‘’Ɓakne Ngati’’, le baobab sacré de Ngati

    Par Awa Ndiaye

    Ngati (Fatick), 2 oct (APS) – A Ngati, un village de la commune Niakhar (Fatick, centre), les traditions subsistent encore. Ici, les habitants ‘’vénèrent’’ un baobab dénommé ‘’Ɓakne ngati’’ (le baobab de Ngati en sérère), à travers des libations et des offrandes en l’honneur de cet arbre sacré dont l’histoire se confond avec celle de ce village de l’ancien royaume du Sine.

    Ngati se trouve au beau milieu du Sine, un ancien royaume sereer. Ils sont très rares les fils et filles de cette contrée à ne pas connaître son histoire et celle de son baobab mystérieux.

     »L’histoire de Ngati se confond avec l’histoire globale du Sine. C’est pourquoi, si nous voulons retracer l’histoire du baobab de Ngati, nous serons obligés de retracer celle de Diakhao Sine en passant par Bicole jusqu’au site actuel où se trouve le baobab’’, confie Abdoulaye Faye, membre de la famille de Mame Diodio Ngati, l’héritière du baobab.

    Assis sous l’arbre géant, vêtu d’un boubou beige, la tête coiffée d’ un chapeau, Abdoulaye Faye, 68 ans, fait un bref résumé de la lignée des rois qui ont eu à diriger le Sine, de la première reine, Sigua Badial Ndong, en passant par Tacet Faye, Wagane Diongolor, Diouma Dieng de Sass, Silmang de Mbimor, Mbégane Ndour, Mado Mbissel Diop, Diomay Banguan, Diokel Faldier, Mansouga Diouf, Birame Pathé Coumba Diagua, Wamone Ndong, Boucar Sossay, Guène Ndiaye Dagone, Guédio Palmane Niane, Bouka Thilasse Mané Niane, jusqu’à Wassila, le fondateur de Diakhao.

    Il insiste notamment sur les règnes de Coumba Ndofféne ‘’Fa Mack’’ (le grand), surnommé ‘’le lion de Mbelfandal’’, de Sémou Famack, l’oncle de Salmone Faye et grand frère de Diodio Codou Borome Ndaw Rass, qui est au début de toute l’histoire de Ngati.

    Après la mort du roi Coumba Ndofféne Diouf en 1923, Mahécor Diouf fut intronisé par le grand Diaraf, narre-t-il. A cette époque, dit-il, seuls les Guelwars pouvaient accéder au trône. Il fallait appartenir à cette lignée matriarcale pour prétendre diriger le royaume du Sine, selon lui.

     »’En ces temps, si tu n’étais pas un Guelwar, tu pouvais aspirer à être un chef dans les cantons comme Diohine, Ngayohéme, Ngoyé, etc., mais jamais roi du Sine’’, insiste-t-il.

    Habillé d’un boubou rouge, Bouna Faye, membre lui aussi de la famille, est assis sur une chaise sous le baobab sacré. Il fait partie des conservateurs des legs ancestraux. Le septuagénaire détaille l’arbre généalogique de la famille royale de Ngati.

    Il revient sur le règne de Diogo Gnilane, qui avait épousé une vendeuse de poissons avec qui il eut deux files, Ndella Ngati et Gnilane Diouf. La lignée maternelle étant plus considérée que celle paternelle dans le Sine, le roi savait pertinemment qu’une fille ne pouvait pas accéder au trône. Alors, le roi Dioguo Gnilane provoqua un gigantesque feu de brousse, pour attribuer des terres à ses filles.

    ‘’Ce fut le début de l’histoire de Ngati et de son baobab, dit-il, après avoir été interrompu dans son récit par un appel +ngario mboutou+ (Venez déjeuner en sereer).’’ Un repas somptueux est servi. Du riz au poisson comme aiment les Sérères. Les femmes et les enfants mangent ensemble autour d’un bol, les hommes autour d’un autre.

    Après le déjeuner, tout ce beau monde se retrouve encore sous le baobab et chacun reprend ses occupations. Entre temps, Bouna Faye est lui parti assister à un mariage.

    C’est Abdoulaye Faye qui reprend le récit sur le village de Ngati et son baobab sacré. Le feu de brousse provoqué par le roi Diogo Gnilane s’est d’abord déclaré à Mbafaye, avant d’atteindre Mboudaye. Mais à hauteur de Bicole, il bifurqua vers Songorma et continua sa progression jusqu’à Péthie Djiré, à Koboskine. Il se dirigea ensuite vers Mboukoutour avant de s’arrêter à Polek.

    ‘’Après le feu de brousse, le cortège royal fait le tour de la surface brûlée et parcourt les villages de Mbafaye, Nianiane, Mboudaye, Bicole, Mbanéme, Songorma, Pethie Djiré, Mboukoutour, Polek et Mbem’’, renseigne le notable Faye.

    Ils ont découvert alors sur le site correspondant à l’emplacement de l’actuel village de Ngati, un jeune baobab au milieu d’herbes calcinées et qui restait intact malgré la furie des flammes. Après trois jours de feu de brousse provoqué par Diogo Gnilane pour céder des terres à sa descendance féminine, dont Gnilane et Ndella Ngati, le baobab est resté entièrement intact.

    Un baobab séculaire aux multiples facettes

    C’est à la suite de cette découverte étrange qu’ils ont décidé d’implanter la maison royale de Ngati à côté du baobab. C’est ce mystère qui fait du baobab de Ngati un arbre sacré.

    Toutes les terres environnantes calcinées par le feu furent cédées à la famille royale qui devait rester à Ngati, renseigne Abdoulaye Faye. Ces terres étaient destinées à l’agriculture, au pâturage et l’habitat.

    L’âge du baobab est estimé à 203 ans, soit le même que celui du village de Ngati. Sa grandeur se mesure en fonction de celle de la maison royale qui n’a cessé de s’agrandir et de gagner en popularité au fil des siècles.

    Le baobab de Ngati est même entré dans le langage courant des habitants de toute cette partie de la région de Fatick. Les personnes de grande taille ou les choses importantes sont comparées à cet arbre, a en croire le notable, qui estime son diamètre à sept mètres.

    Les habitants du village et ceux des localités environnantes vénèrent et respectent cet arbre mystérieux. Chaque année, la conservatrice du baobab choisit un mercredi pour venir y faire des libations. Le rituel consiste à verser de la farine du mil autour de l’arbre sacré. Et les habitants font le tour du baobab en chantant et en dansant.

    Surplombant le village de Ngati, le baobab, feuillu, fait office d’agora pour les habitants. Sous ses branches protectrices, des enfants, des jeunes, des hommes, et des femmes, se rencontrent. Les enfants aiment venir se folâtrer à l’ombre de ses branches gigantesques, où ils s’adonnent à plusieurs jeux, en particulier celui cache-cache.

    Agée de dix ans, Gnilane Faye fait partie de ces enfants qui viennent s’amuser sous l’arbre.

    ‘’Je viens ici tous les jours jouer avec mes amies’’,  lance la petite Gnilane, trouvée en train de jouer sur ses branches. ‘’On se sent bien à l’aise même si je suis une fois tombée de l’arbre. Cela n’empêche que je suis toujours là’’, ajoute-t-elle pour montrer son attachement à cet arbre.

    Très souriante avec de belles dents colorées en marron, la tête à moitié tressée, elle retourne joyeusement jouer avec ses amies.

    De temps à autre, beaucoup de personnes viennent visiter le site ou prendre des photos. Des étudiants ont même écrit des mémoires sur le baobab de Ngati, révèle Bouna Faye.

    Mais, avec l’avènement de la loi sur le domaine national, toutes les terres appartenant à la famille royale ont été redistribuées aux populations qui désiraient faire de l’agriculture ou de l’élevage.

    Fief du royaume du Sine, Ngati, la bourgade au baobab séculaire et ses trois maisons restées telles quelles depuis deux siècles, garde toujours un mystère sur son histoire et son baobab sacré. De génération en génération, cet arbre aux multiples facettes continue encore à émerveiller son monde.

    NAN/FKS/ASB/OID